L'Œil ultramicroscopique : le matérialisme de L'Écume des jours

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  • 微視的な眼 : 『日々の泡』のマテリアリスムについて
  • ビシテキ ナ メ : 『 ヒビ ノ アワ 』 ノ マテリアリスム ニ ツイテ

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Royaume des objets étrangement animés, magiques et maléfiques : dans L'Écume des jours, bien qu'il s'agisse d'une histoire d'amour, la psychologie est transmutée en choses concrètes et matérielles. Ainsi, un petit nuage rose descend du ciel pour entourer les amoureux et, depuis que les poumons de Chloé sont parasités par un nénuphar, l'appartement de Colin ne cesse de rétrécir. Dans cet univers sensoriel, il est à noter que sa nature extraordinaire s'accentue dès le début par l'épisode des comédons disparus, joué dans un « miroir grossissant ». En effet, pour l'auteur, le microscope ou le micromètre sont des instruments qui, par leur précision même, font découvrir dans le quotidien un monde de merveilles. Selon lui, l'observation minutieuse révèle l'unicité pataphysique de tout ce qui existe. D'où l'individualisation radicale : « ce qui m'intéresse », dit Colin, « ce n'est pas le bonheur de tous les hommes, c'est celui de chacun ». De plus, on sait bien que dans le microscope les objets révèlent souvent un aspect inattendu, voire fantasmagorique. Donc si « Avan t-propos » nous assure de la véracité de l'histoire, c'est parce qu'elle capte avec finesse la réalité invisible à l'oeil ordinaire. Contrairement au stéréotype d'un conte de fée, le texte zoome soigneusement la dégradation survenue après le mariage : tout ce qui se brille se ternit, se corrompt et s'anéantit. Le contraste excessif entre la lumière et l'ombre nous rappelle « les principes de l'ultramicroscopie » que le professeur Mangemanche, le médecin de Chloé, applique dans L'Automne à Pékin : par l'emploi d'un éclairage spécial, l'objet émerge, étincelant, sur un fond noir, et le fort contraste permet d'observer les particules indécelables à un microscope ordinaire. A cet égard, l'image centrale du roman, « de grands remous écumeux où dansent les épaves » au confluent de « la nuit du dehors et la lumière de la lampe » peut aisément, elle aussi, se comparer à une vision ultramicroscopique ; sur des airs sensuels de jazz, l'ingénieur Vian fait ainsi voir « physiquement » au lecteur la danse subtile de la vie.

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